MAROC GRAND SUD

Il semble véxé par leur comportement. Il tente de les excuser en me disant que ce ne sont pas des voleurs, mais des enfants qu’ils sont pauvres. Je lui explique que ce n’est pas une raison et que je compte sur lui pour les raisonner et les dissuader de continuer. Brigitte me rejoint et dès qu’un d’entre eux porte la main sur un pneu de vélo, elle vise avec l’appareil photo et les menace de montrer à la police. Ils détallent alors comme une véritable envollée de moineaux. Rachid est amusé, nous discutons encore un peu, il nous prend pour des milliardaires, il est persuadé que les Marocains sont les plus pauvres du monde. Je lui explique alors ce que j’ai vu en Ukraine, au Liban et en Côte d’Ivoire, et que depuis un mois que nous sommes au Maroc, nous n’avions pas encore été embêtés comme aujourd’hui.

Nous sommes amis et je lui promets de parler de lui dans mon site internet. L’incident est clos, un policier me demande de faire demi-tour pour surveiller nos vélos. Nous rencontrons un responsable d’éducation accompagné du président des associations folkloriques  Il connaît bien un organisme humanitaire lyonnais, le lycée Claude Bernard, et nous invite à le rencontrer à notre retour de Mauritanie.

Ca fait maintenant trois heures que nous attendons le roi. Nous partons finalement avant de l’avoir vu, peu importe, il semble nous suivre ! Nous partons donc en direction de Plage blanche un lieu dit situé à 65 km. Nous croiserons trois voitures et reviendrons sur nos pas, déçus. Nous avons fait 130 km pour trouver non pas la fameuse plage blanche, mais une commune du même nom. Je mets 200 Dh de carburant car elle est détaxée à Tantan.

TANTAN

Nous arrivons de nuit, et nous installons sur un parking en bord de mer où sont garés une dizaine de Camping car, en majorité italiens. Je débranche le caméscope, mets le chauffe eau en route et nous allons au bar situé à proximité. Tout le monde regarde la coupe de l’UEFA et c’est Lyon qui mène le score. Je demande à Hassan si je pourrai brancher mon PC demain pour économiser la batterie.

28 novembre                                                                                                                                                                                                                        

Dès que le restaurant est ouvert, je demande à Hassan de brancher mon PC et retranscrit ce que j’irai mettre sur mon site à l’issue.

La ville est petite, propre et calme. Une des deux mosquées est magnifiquement décorée, de nombreuses maisons sont fraîchement repeintes et le bleu et le blanc tranchent parfaitement avec les palmiers. Nous faisons quelques approvisionnements car nous ferons du bivouac avant d’arriver à Laayoune. Nous serons coupés du monde pendant quelques jours, du moins avec internet. Il va falloir charger à bloc les téléphones et les accus de lampes ou appareils photo pendant le déplacement.                                                                                                                                                                                                                         

Le parking se vide, il reste un couple d’Alsaciens, un de Bretons et un de chtis. Ils semblent passionnés par la pèche et partent à Oued Ma fatma.

Nous sommes seuls sur ce parking et Brigitte me propose de partir à l’étape suivante car les gens avec qui nous avions discuté sont devenus un peu trop envahissants.

Je fais le tour du village avant de partir et nous rencontrons des voyageurs à roulettes. Jean Pierre se présente, il a 74 ans mais ne les fait pas et Chantal, son épouse semble un peu lassée du pays. Elle aimerait que le séjour ne dépasse pas trois mois.  Ils roulent à deux véhicules et se dirigent vers la Mauritanie. Bonne nouvelle, nous nous sentirons moins seuls pour les derniers 400 km de piste déserte et monotone. Si il y avait une grosse panne, ce sera plus simple de savoir qu’il y a quelqu’un pas loin. Nous échangeons donc nos téléphones.

Ils sont bien équipés Chantal et Jean Pierre, panneaux solaires, 200 litres d’eau consommable par filtrage, remorque avec quand à l’intérieur, jerricans d’eau et de carburant, caisse à outils, le grand confort quoi ! 

En ce qui nous concerne, nous buvons très peu et douze litre d’eau minérale nous suffiront largement. Les 140 litres des réservoirs seront gérés avec le plus grand soin.

C’est un vrai régal de prendre une boisson au bar qui est à proximité, nous sommes les pieds dans l’eau et les couchers de soleil sont magnifiques.

Notre promenade du soir passe bien sûr par internet et nous rencontrons Abdel, le responsable du cyber club. C’est un garçon très sympathique qui est serviable et me connecte mon PC sur le réseau. Jean Pierre a perdu son téléphone, il est très contrarié car il attend des appels importants. Nous avons réussi à trouver le numéro à appeler en cas de perte sur internet, nous lui donnons à notre retour et ça finit derrière un verre de rosé. C’était quelqu’un Jean Pierre dans sa vie professionnelle, il construisait des piscines de grande dimension dans toute la France.

 

29 novembre

J’ai une fuite à un réservoir d’eau usée. Dès que nous nous pauserons quelques jours, je démonterai pour réparer. Quand nous aurons fini notre périple, tout ce qui doit casser aura été changé ou refait.

Ce soir, j’ai pu connecter mon PC, je vais donc pouvoir téléphoner avec Skype. Il me reste quelques unités, je pense donc pouvoir joindre Coralie, Sébastien et Florian.

La salle internet n’est pas très grande, une dizaine d’internaute pianote dans un calme presque solennel. J’appelle Sébastien, je n’ai pas baissé le volume et son répondeur brise soudain cette atmosphère qui ressemble à une méditation sacrée en braillant : »Salam alicoum, ti bien sur li tilfone de Sibastien… «  et ça semble ne jamais s’arrêter jusqu’à ce que je trouve la combinaison de touches permettant de réduire ce tintamarre. Brigitte et moi nous regardons, et retenons difficilement notre fou rire. Personne n’a relevé la tête. Un grand moment !

Puis je fais un tour sur mon site et découvre le commentaire de Brigitte sur mon livre d’or.

Avec une équipière comme elle,  j’irai au bout du monde ! Je ne pensais pas qu’elle puisse supporter ma rusticité et mon insouciance, mes phantasmes de survie et mon goût de la difficulté. Je savais par contre que tout est possible si elle se douche le matin et le soir, qu’elle doit avoir ses huit heures de sommeil et son café au lit le matin. Nous sous sommes donc adaptés et ça fonctionne très bien.

 

LAAYOUNE

30 novembre

6 h 30, j’ai déjeuné, commencé à écrire et je sors prendre une bonne bouffée d’air marin. Jean Pierre promène son chien. Quand je lui dis que j’écris sur mon PC, je ne suis pas surpris d’apprendre qu’il a son ordinateur, une imprimante et un scanner. Comme il veut être autonome à cent pour cent, il a investi dans un groupe électrogène pour alimenter son mini lave linge. Ce septuagénaire m’épate vraiment et me rassure pour toutes ces années à venir qui me permettront d’aller encore plus loin plus longtemps.

9 h, les vidanges sont faites, direction le sud bien sûr.

A Oued Ma Fatma, nous retrouvons les trois couples de pêcheurs. Le site est grandiose et sauvage. La mer frappe violement les falaises dans un vacarme incessant. Les rochers sont découpés par le vent et le sable, c’est effilé comme des rasoirs et les mouettes semblent flotter sur les ascendants. Quel spectacle ! C’est le paradis des pêcheurs et on y sort du loup comme on cueille les marguerittes. Un endroit à ne manquer sous aucun prétexte.

 

La deuxième étape sera très différente, rien n’est identique au Maroc. La lagune Naïla est un endroit où les dunes blanches alternent avec des champs de roseaux verts et des étendues d’eau bleues avec quelques barques rouges. L’air est transparent très loin. Le troupeau de chèvres défie les lois de l’équilibre sur les versants qui plongent dans la mer. Au loin, des oiseaux pausent pour la photo, encore faut il avoir de longues focales.

 

 

Nous ne les attendrons pas et partons à Tarfaya. C’est la première ville du désert, celle qui inspira St Exupéry pour son roman » le petit prince » Un musée a été créé dans cette endroit balayé par le vent.

La carte postale vaut dix fois son prix, mais il faut bien soutenir cette initiative. J’avais vu sa maison à Lyon où tout le monde passe sans la voir, ici, il y a son esprit et nous avons une pensée pour Michel et Antony. 

Nous sommes partis tôt ce matin, ce qui nous permettra d’avancer jusqu’à Laayoune. La route qui y conduit est comme une autoroute déroulée au milieu des dunes. Elle est en permanence couverte de sable et sans cesse déblayée. La ville est une grande garnison, c’est également un siège de l’ONU et j’ai l’impression que c’est une ville universitaire.  Nous avons fait le plein détaxé avant Tarfaya. A 4 dh le litre, soit environ 36 cts d’Euros, c'est-à-dire le quart du prix de la France. Sur le bord des avenues, pas moins de quatre rangées de jeunes palmiers tranchent avec l’aridité des précédents kilomètres. Après une vingtaine de km, nous arrivons à Foum el oued, croisons les candidats à la Mauritanie et nous installons finalement dans le camping Nil pour y faire la grande lessive, le shampoing de Brigitte et la retranscription de ma narration sur le PC sans surveiller les batteries.

Nous sommes au km 5284.

Au retour, nous  nous installons à côté de l’épicerie de Lahcen. Pour me permettre de continuer à écrire sur mon portable, il me propose l’électricité de son épicerie et je m’installe derrière le comptoir sur les tapis en prenant soin de me déchausser. Nous avions été invité au thé hier en arrivant et avons discuté longuement. C’est un sarawoui

 

1 décembre     

Quelle sensation de voir les vagues à moins de trente mètres de notre chambre ! Quel bonheur de choisir son jardin et d’en changer quand nous en sommes repus !

Notre tentative de connexion internet a échoué, cinq ordinateurs sur six étaient en panne et le dernier n’avait pas word. Nous sommes alors passés sur le PC du patron qui était dans l’épicerie, alors là, comme il fallait éviter les blattes qui se promenaient sur le clavier, nous avons abandonné et sommes rentrés. Avant de franchir la porte de notre cabane, Brigitte a exigé un strip-tease nocturne pour ne pas inviter nos amis à se reproduire chez nous.

 

2 décembre

Nous sommes toujours à Foum el oued, la plage de Laayoune, nous avons en effet du mal à quitter ce parking si proche de la mer. En milieu d’après midi, Jean Pierre nous donne quelques poissons, une fois encore, j’avais sous estimé Brigitte, qui lorsque je l’ai connu ne portait que des tailleurs. Elle me demande un seau d’eau de mer et se met à écailler, vider et laver les poissons en position africaine, assises sur ses talons. Le frère de Lahsen nous rejoint avec des sardines, nous fait une démonstration de la méthode sarawoui qui consiste à arracher la tête, ouvrir le poisson avec un doigt, et rincer. Il se moque un peu du besoin que nous avons d’utiliser un couteau et des ciseaux.  Toujours assise sur ses talons, Brigitte adopte alors sa méthode. Lorsque le nettoyage est terminé, elle me rapporte fièrement un gros paquet enveloppé de plastique et papier aluminium qu’elle voudrait mettre dans le frigo. J’ai beau être rustique, si je ne suis pas sur  une île déserte,et que je ne meurs pas de faim, je me nourrirai de bananes et de pain mais pas de poissons qui vont prendre toute la place et empester le frigo. De plus, sans être délicat, je ne mangerai pas cette pitance tant que j’aurai autre chose à me mettre sous la dent. Elle les confie donc à l’épicier qui les met dans son grand réfrigérateur. Elle est déçue d’avoir fait ça pour rien, ça me fait de la peine et lui dit que  le spectacle m’a beaucoup amusé, qu’elle m’a une fois de plus épaté et que ce sera un sacré souvenir.

 

BOUJDOUR

Avant la nuit, nous allons faire le plein de carburant détaxé et achetons quelques victuailles.

3 décembre                                                                                                                                                                                                                   Superbe route en plein désert qui nous emmène à Boujdour. Nous croisons surtout des poids lourds bien chargés occupant généreusement la route. C’est plutôt monotone, mais nous verrons malgré tout une station essence à 90 km dans un bled qui n’est pas sur la carte : Lamsied. A 130 km, premier barrage de police, contrôle des passeports et fiches de police.  A l’entrée de la ville, deuxième contrôle identique au premier. Après avoir franchi la porte, nous circulons sur une avenue démesurée de deux fois trois voies de chaque côté de laquelle sont alignés au cordeau d’immenses réverbères. A proximité du centre, nous tournons

 droite et empruntons les vieux quartiers pour accéder à la plage. Nos amis sont installés sur le parking de la résidence du gouverneur. Le gardien nous donnera de l’eau moyennant un petit cadeau. 

  

   DAKLA

4 décembre

Nous démarrons une demi heure plus tard. Le désert est vraiment désert ! Brigitte est déçue, elle veut voir du sable, mais il n’y a que des pierres. Nous doublons nos compagnons de route au soixantième kilomètre. 150 km après Boujdour, une station essence est plantée au milieu du désert telle l’auberge du film Bagdad café.

Nous avons toujours nos vieilles habitudes et faisons la halte au km cent vingt. Nous sortons la petite bouilloire en pensant à ma mère et les deux tasses de bar en pensant à Chantal. Je m’éloigne pour faire une photo de notre cabane au milieu de cette immensité hostile et je vois un tout petit lézard que j’ai réveillé s’enfuir à travers les pierres.

J’entends un bruit sourd depuis quelques minutes et aperçoit nos amis qui se pointent au loin sur la crête. Ils arrivent sur nous, et c’est à nouveau le silence… C’est incroyable comme les bruits sont perçus bien avant d’en voir l’origine.

Lorsque nous repartons, nous les doublons à nouveau alors qu’ils sont garés pour vraisemblablement  faire une pause.

Le désert est toujours aussi monotone jusqu’à ce que nous distinguions la mer et les falaises. Nous nous arrêtons à nouveau, nous sommes sur une sorte de croûte qui se craquelle  sous l’attaque des rouleaux qui frappent et creusent des grottes au dessus desquelles le sol s’effondre.

C’est un véritable chaos, des blocs gigantesques de couleur blanche sont entassés devant la mer d’un bleu profond.

 

Nos compagnons de route nous doublent à nouveau en faisant retentir leur klaxon.                                                                                                                   

Arrivés à proximité de Dakla, nous sommes éblouis par le paysage. Enfin du sable, des dunes blanches à perte de vue. Brigitte est ravie. Le spectacle est géant, les dunes, la mer, des îlots de sable et une lagune d’une beauté époustouflante.                                                                                                                       

Barrage de police, puis arrivée au camping Moussafir, en français, voyageurs. L’eau vient par citernes et l’électricité grâce à un groupe électrogène qui fonctionne toute la nuit à partir de dix neuf heures.                                                                                                                                                                                

Dans l’après midi, nous décidons de nous rendre à la ville en taxi. Le temps d’en trouver un, nous avançons à pied. C’est sans doute l’heure de la sieste car nous marcherons bien quatre km avant d’en avoir un. Heureusement, les alizés soufflent et la température est supportable. Passage à la banque, recherche d’une boulangerie et de poulet grillé, reconnaissance de cyber café avec word installé sur les PC, pas moins de cinq heures.                                                          

Brigitte ne veut que du pain qui sort du four, personne ne parle français et ça dure… puis un café en terrasse, une serveuse qui supplie pour être prise en photo avec elle par son appareil et enfin, achat d’un poulet, mais uniquement celui qui est en train de tourner sur la rôtissoire. Nous attendrons donc tranquillement qu’il finisse de cuire pour un prix négocié une fois de plus par ma redoutable équipière. Pour nous faire patienter, le serveur nous offre des frites, met une chaîne française et quand nous partons avec notre sac, nous constatons qu’il a ajouté deux pains et des frites. Je passe rapidement sur le marchandage d’une paire de tongues, qui sidèrent les vendeurs. Je me demande si tout le Maroc n’a pas fait une mise en garde contre la française qui casse les prix. Il faut le voir pour le croire.                                                                                                                                           Didier a téléphoné, il était inquiet de ne plus nous voir sur internet.  Jean Pierre a quelques infos sur la Mauritanie, le visa serait payable en Euros et nous n'en avons pas!  Peu importe, si nous ne pouvons entrer,  nous passerons une nuit et ferons demi-tour. 

5 décembre                                                                                                                                                                                                                            

6 H. je prends un bol d'air, les deux CC sont encore dans le noir. A 7 h je pointe mon nez dehors, ils se préparent à partir. Didier me propose de changer des euros qui lui restent, Milo me donne son numéro de portable, nous les retrouverons dans deux jours, nous roulerons donc seul dans le grand désert.

Une parenthèse sur le désagrèment quotidien dont je n'ai parlé tant on s'y habitue vite.

Les mouches!

Elles sont partout, profitent du moindre entrebaillement pour s'inviter et s'installer.

Nous avons des passagers clandestins à chaque contrôle de police.  Une seule solution pour s'en débarasser,  l'arme absolue redoutable et efficace: la tapette à mouches!

Dès qu'on ouvre la porte, une nouvelle invasion se produit et le sport recommence.

A la tombée de la nuit, on entend dans les campings cars non pas le chant des cigalles un soir d'été en provence, ni le chant des tondeuses dans les lotissements,  mais le "claquement sec des tapettes  à mouche au coucher du soleil"

 C'est comme ça depuis le début et on s'y habitue vite.

Et puis les hommes se promenant la main dans la main ne nous surprend plus. Nous avons même vu un militaire et un policier en tenue avoir cette attitude qui ne choqfinalement que nous!

Nous avons maintenant notre taxi attitré, Lhoucine. Dorénavant, comme en France, nous appelons notre taxi avec le téléphone. Comme beaucoup de Marocains, il nous invite au couscous quand nous reviendrons de Mauritanie. Nous ne pouvons malheureusement pas accepter toutes les invitations.

 

 

A notre retour de la ville avec notre fidèle taxi, je fais le plein de carburant pour demain, les 365 km de Sahara, qui cette fois ne seront pas en bord de mer, il risque de faire chaud.

Devant la réception, trois mobylettes sont garées. Ce qui me surprend, c’est qu’elles sont toutes équipées d’une cantine et une roue de secours. Il fait nuit et je me demande ce que font des sarawouis ainsi équipés ?

Ce sont des Français ! Ils viennent d’Alençon. Chapeau les mecs, d’un seul coup je me sens un pépère tranquille. Mon frigo, ma réserve d’eau, mon haut vent et ma tapette à mouche !

Nous invitons Valentin à passer « à la maison » pour un peu discuter de leur aventure africaine. Visitez leur blog : www.capsurlafrique.com vous ne serez pas déçu. Valentin Puech est journaliste et passionné de musique. Il est chanteur et guitariste. Benjamin Melot a le look local, ce qui leur permet des échanges plus spontanés. Arnault Betton est le roi de la mécanique, et dieu sait s’il a été mis à l’épreuve. Leur défi est de faire la Mauritanie, le Sénégal et le Mali juste pour le plaisir. Ils sont partis d’Alençon, et sont au bout du Maroc, Valentin a crevé dix fois, roulé avec dix rayons en moins en louvoyant comme s’il roulait sur de la neige et leur plus longue étape faisait 222 km. Parrainé par le département de l’Orne, il a en plus son récit déjà vendu. D’autres l’ont fait avant eux, mais chaque aventure est unique et la façon dont il en parle me laisse présager d’autres chalenges et des récits riches. Nous avons passé une heure avec lui et regrettons de n’avoir pu recevoir ses équipiers. Ce soir je me coucherai plein de regrets de n’avoir pu effectuer une telle aventure faute de temps ou de coéquipiers. J’en avais pourtant l’audace, mais je vis enfin mon aventure à ma manière avec mon équipière.  

C’est parti pour les quatre cents derniers kilomètres qui nous séparent de la  Mauritanie. Le décor est toujours aussi monotone bien que de temps en temps nous apercevions la mer.

Au trois centième km, nous faisons le plein à cap Barbas et continuons la lente traversée, le soleil tape fort mon bras gauche est en feu.

En arrivant à la frontière Marocaine, nous sommes contrôlés par la police, la douane et l’armée. Deux véhicules français sont fouillés, tout est sorti, les matelas, les roues de secours, les sacs et jerricans. Nous attendrons une heure et demi, le numéro de chassis du camion est illisible, il part, il revient, il repart… Pendant ces aller et retour, les mouches marocaines ont quitté le navire. Elles viennent de faire 400 km et vont être un peu paumées.

Finalement, ils arrivent à trois et entrent dans le camping car. Lorsqu’ils veulent ouvrir les placards, Brigitte les stoppe net et leur dit que c’est elle qui ouvre. Puis elle les dirige vers les photos qu’ils regardent avec attention, ils demandent où elle est quand elle était petite.

Quand je peux enfin démarrer, un autre douanier nous arrête et contrôle à nouveau nos passeports. Ca n’en finit pas. Avant de prendre la piste cassante, nous croisons Jean Pierre, Milo et leurs épouses. Ils sont installés pour quatre jours, nous les retrouverons donc à notre retour. La piste qui mène à la seconde douane est cassante, du rocher, des trous des bosses et des passages ensablés. C’est chaud, il faut rouler souple mais pas trop et zigzaguer entre les difficultés. Ne pas s’ensabler, ne pas taper le carter et tenir fermement le volant. Cinq kilomètre d’attention soutenue entre des carcasses de voitures !

En plus, il ne faut pas se perdre car de nombreuses traces peuvent vous emmener en plein désert.

Ouf ! nous y sommes. Ca commence par l’armée mauritanienne, contrôle et visite. Même combat, Brigitte ouvre les placards elle-même, il nous demande si nous avons un coca, ouvre le frigo, nous n’en avons pas. Il se penche et découvre une boite dont il s’empare sans complexe. La douane se contente de relever nos identités, puis se sera le visa. Dix Euros par personne et dix pour le véhicule. L’assureur nous interpelle et nous vend le contrat obligatoire de responsabilité civile, dix neuf Euros. Il nous rend la monnaie du billet de cinquante en Ouguiya, trente et un Euros qui font 9300 Ouguiya.

Re ouf ! arrivés au douanier portier, contrôle des papiers que nous venons de faire, cinq kilomètres plus loin, contrôle et un dernier pour la route cinquante kilomètres plus loin.

Nous sommes en Mauritanie ! Au septième troupeau de chameaux, nous arrêtons de compter.

L’arrivée à l’auberge ABBA se fera de nuit. Quand nous pénétrons dans le cellule, une quinzaine de mouches sont au plafond. Nous ne saurons jamais leur nationalité, la tapette claque dans le silence nocturne.  Nous sommes au km 6337.

 

 7 Décembre  

Nous sommes accostés en permanence par des vendeurs de souvenirs, de cigarettes et « d’agent de change » Nous cherchons la maison de St Exupéry que personne ne connaît.

Un artisan d’un âge respectable nous invite à visiter sa boutique. Il nous reste de l’argent local à dépenser, mais sommes limités à une certaine somme. Quelques bijoux locaux plaisent à Brigitte, mais après négociations, il manque un peu d’argent. Nous lui proposons des babioles et du Doliprane. Ca marche, nous venons de découvrir une autre monnaie d’échange que nous utiliseront pour les cadeaux aux barrages de police. Heureusement, nous l’avions prévu mais ne l’avons jamais utilisé. Le Doliprane est une devise forte !

Nous trouverons finalement la maison de l’aviateur.

 

 

De retour au camping, nous payons, faisons le plein et partons vers le cap Blanc où se vautrent des phoques. Nous pourrons dormir sur un parking gardé. Au quinzième kilomètre, nous empruntons une piste plutôt bonne, mais avec des passages ensablés d’une dizaine de mètres dont l’épaisseur n’est pas connue. Au premier, je m’arrête, hésite et passe finalement en deuxième et en sous régime. Ca passe de justesse ! Au deuxième, l’épaisseur est sans doute importante car je sens que je m’enfonce, mais ça passe !

Le troisième me fait longtemps réfléchir car il doit y avoir quinze mètres. Je ne pense pas le passer, j’hésite, recule, arrête, si je me plante, je vais passer au moins cinq heures dans cette fournaise.

Pour la première fois, je refuse l’obstacle et fais demi-tour tant bien que mal.

Nous repartons vers la frontière où nous passerons la nuit dans l’hostile no man’s land, entre les deux frontières où ni l’autorité marocaine, ni l’autorité mauritanienne ne ferons quoi que ce soit si nous avons un problème.

En chemin, je m’arrête à proximité d’un campement nomade. Le berger car les chameaux ne reviennent qu’à dix sept heures. Il m’invite à prendre le thé, je me déchausse et pénètre dans son antre où batifole une nuée de mouches. Il s’excuse de ne pas être en forme car des chiens errants ont attaqué son troupeau et il a suivi les traces pendant trente cinq kilomètres avec son Mauser. Il a mal à la tête, Brigitte lui donne du doliprane, quelques sucres et des biscuits. Il nous autorise à faire quelques photos et nous le saluons, mais il ne serre pas la main à Brigitte, sa religion lui interdit.

Nous passerons la première douane, la deuxième puis le barrage de police plutôt rapidement. A la barrière de l’armée, tout est fermé car ils mangent !

Nous ferons de même et trois quarts d’heure plus tard nous passons à la vérification.

Il faut maintenant passer les cinq kilomètres de piste défoncée et encombrée d’épaves de voitures. Même tintamarre de casseroles qui s’entrechoquent dans les placards à chaque rocher qui dépasse.

Brigitte qui ne supporte pas ce qui est de travers me fait remarquer que le porte vélos est de travers. J’examine et découvre qu’il s’est brisé et était à deux doigts de se détacher. Je commence à démonter le tout pour le sangler sur le toit.

Sur ce territoire, Ismaël règne en maître absolu. Il vit ici, guide et renseigne les voyageurs, c’est le cador. Les épaves lui appartiennent, le parking et les pierres également. C’est un saharaoui et il connaît la moindre piste, le moindre champ de mines. Il est jeune, fanfaron et roule un peu les mécaniques dans son gros 4X4. Après quelques mots échangés, je lui parle de mon passé militaire et nous sympathisons. Pendant que je rafistole mon porte-vélos, il vient avec son véhicule et me demande de prendre la caméra. Il m’emmène voir les chameaux.

Il met le pied à fond pour m’impressionner et ça envoie fort. Il maitrise plutôt bien. Je filme le troupeau et il m’emmène ensuite voir les épaves de voitures qui ont soit cassé le moteur, soit grillé l’embrayage et sont restées ici par manque d’assistance qui de toute façon n’existe pas. La cerise sur le gâteau sera un gros Land Cruiser, ou plutôt la moitié puisqu’il est passé sur une mine. Tout l’arrière est déchiqueté, le passager tué et le chauffeur à l’hôpital gravement blessé.

A plusieurs occasions, il a tenté de dissuader les fangios de rouler vite et n’importe où, la plupart de ceux qui ne l’ont pas écouté l’ont payé très cher.

 

8 décembre                                                                                                                                                                                                                         Nous croisons nos trois sympathiques « mobylettards », ils font une pause. L’un d’eux a eu un panne moteur qu’Arnault a réglé. Il y avait du sable dans le cylindre.

Il nous reste encore 265 km, je serre les dents, je dois aller au bout pour dormir douze heures minimum.

A 130 km de l’arrivée, je m’arrête pour m’allonger, je n’en peux plus, ça m’apprendra à boire plus.

En arrivant au camping Moussafir, je me gare, laisse Brigitte s’occuper de tout et à 17 h, je suis au lit, emmitouflé.

J’ai très mal quand j’urine car ça évacue au goutte à goutte, si bien que de peur d’avoir la vessie pleine et hurler pendant un quart d’heure, je me lèverai toutes les demi heures.

 

 10 décembre 

Ce matin, ça va un tout petit peu mieux, en sortant, je rencontre Monique qui est très inquiète pour la santé de Milo. Il transpire, vomit et a des pertes de connaissance. Un peu plus tard, il y a panique à bord, son état semble s’aggraver.  Ca va vraiment très mal pour lui !

J’appelle le gardien qui téléphone à un grand médecin. Il est sur place en moins d’un quart d’heure ! Ce n'est autre que le chef de l'hôpital.

Un homme très élégant en costume sort d’un gros 4x4, il s’agit de docteur Hassan Nassari, chef du service de l’hôpital. Il examine Milo, rassure tout le monde, c’est une bonne intoxication alimentaire. Il prescrit des médicaments et nous  dit qu’il repassera ce soir vérifier son état.

En attendant, Brigitte et Chantal apportent leur pharmacie pour demander ce qui pourrait convenir dans l’immédiat. Nous allons, Jean Pierre et moi à la recherche d’une pharmacie en quad. C’est l’heure du repas et la première est fermée. J’interpelle alors un taxi et lui explique la gravité, il nous propose alors de le suivre et c’est à la troisième que nous trouvons porte ouverte. Nous remercions le taxi qui ne nous demande même pas un Dh.

A mon retour, nous partons avec Brigitte à la recherche d’un soudeur pour réparer le porte vélos et un menuisier pour faire une petite modification du meuble de cuisine. Pendant que le travail se fait, nous allons sur internet et faisons quelques courses. Nous rentrons toutes réparations faites pour environ 15 Euros, soudure aluminium comprise.

Nous avons envie d’aller voir le village de pêcheurs, et nous y allons en camping car.

Arrivés devant la porte de sortie du camping, j’appelle le responsable en lui faisant un signe pour lui demander quelques renseignements. Il s’approche  en souriant et me dit : « Tu étais militaire toi ! »

Je me demande comment il a pu savoir ? Je  lui réponds donc par l’affirmative. Il me dit alors que je fais comme sur les barrages de police en faisant signe de cette manière. Depuis ce jour, il me salue tous les matins en m’appelant commandant. Je lui réponds alors : »Repos caporal ! » Les gens du Sahara sont vraiment très agréables.

De nouveaux voyageurs sont arrivés, ils ont un petit fourgon aménagé et nous proposent l’apéritif. Comme il y a peu de place, Jean Pierre fait tout emmener dans sa « résidence » et le rite commence, sauf que notre nouveau voyageur a semble t il l’intention de vider toute la bouteille en servant des doses de déménageurs. Il commence a l&ea

Date de dernière mise à jour : 28/01/2014

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